Barak Obama président des Etats-Unis d’Amérique ? Quelle politique ?

by Abderrahmane Mebtoul (source: La Nouvelle République)
Monday, November 3, 2008

Dr Abderrahmane Mebtoul, expert International et professeur d’université en sciences économiques management stratégique

Nous ne pouvons rester insensibles aux élections américaines car les politiques étrangères et économiques des Etats-Unis sont des domaines qui ont un impact sur l’avenir du monde. Le 4 novembre 2008, les Etats-Unis d’Amérique, première puissance économique mondiale, éliront un nouveau président. Mais c’est la première fois dans l’histoire des USA que pourrait accéder un noir, montrant clairement que le racisme recule dans ce pays qui, rappelons le, a connu les déportations de centaines milliers de femmes et d’hommes d’Afrique et l’esclavage.
Je m’intéresserai dans cette présente contribution au programme à la fois économique en insistant sur l’aspect énergétique mais également des affaires étrangères de Barak Obama, du fait que ces idées rejoignent celles que je défends depuis des années à savoir l’instauration de l’économie de marché concurrentielle véritable fondée sur les entreprenants créateurs de richesses et la nécessaire symbiose de l’efficacité économique et de la cohésion sociale à travers le rôle stratégique de l’Etat régulateur conciliant les coûts sociaux et les coûts privés.

I- Le programme socio-économique
Le fondement du programme de Barack Obama se fondant sur l’économie de marché préférant les négociations commerciales et collectives. Comme il intègre la crise financière actuelle qui a des répercussions sur la sphère réelle, pouvant conduire à une crise sociale si elle devait persister. Selon le programme «Le capitalisme financier a perverti le capitalisme et détruit le système de valeurs qui, depuis toujours lui donne sa vitalité et sa puissance créatrice. L'enjeu aujourd'hui, c'est de revenir aux sources éthiques du vrai capitalisme, celui de l'entrepreneur, de la récompense de l'effort et du mérite, de la responsabilité… Il fallait éviter à faire croire, que les actifs financiers pouvaient se développer jusqu’à des niveaux incohérents, par rapport à la richesse produite, associée à cette autre absurdité qui voulait que des risques généralisés ne représentent pas un risque global…». Aussi l’objectif stratégique est de réhabiliter le véritable capitalisme à savoir les entrepreneurs créateurs de richesses avec pour base sociale politique, les couches moyennes. Selon ce programme chaque famille de salarié se verrait octroyer un crédit d’impôt de 1 000 dollars et les foyers dont les revenus sont les plus modestes pourraient obtenir des crédits d’impôt. Celles qui gagnent moins de 75 000 dollars par an recevraient un crédit de 500 dollars pour 1 000 dollars placés dans un compte épargne. Les personnes âgées qui perçoivent moins de 50 000 dollars par an ne paieraient plus d’impôt sur le revenu. De même, les étudiants pourraient obtenir 4 000 dollars pour payer leurs études contre 100 heures de service communautaire. Pour les contribuables qui n’indiquent pas de déductions sur leur feuille d’impôts, il propose 10% de crédit sur les intérêts des prêts immobiliers, prévoyant également la création d’un fonds de 10 milliards de dollars pour aider les propriétaires menacés d’éviction à la suite de la crise des subprimes. Un autre fond de 10 milliards devrait aider les administrations des états en situation de déficit budgétaire. Mais ne pouvant partager que ce qui a été préalablemnt produit, il s’agit de revenir aux fondamentaux du capitalisme en réduisant cet écart intolérable du dysfonctionnement entre la sphère réelle et la sphère financière, d’encourager l’entreprise privée créatrice de richesses et d’investir dans quelques secteurs prioritaires comme l’éducation qui sera sa priorité et la santé (plus du ? des citoyens américains n’ont pas de couverture sociale, en instaurant une assurance maladie pour tous, obligatoire et payante, une modification de la retraite par répartition en relevant le niveau de revenu permettant de bénéficier du taux plein).
Dans ce contexte, Barack Obama prévoit d’investir annuellement 65 milliards de dollars dans l’assurance santé, créer une banque pour réinvestir dans les infrastructures du pays, un projet qui coûterait 60 milliards de dollars sur 10 ans, tout en prévoyant des réductions d’impôts mais en faveur des employeurs qui procèdent à de nouvelles embauches et ce, à raison de 3 000 dollars par embauche pendant deux ans. Cette proposition destinée à réduire le chômage sera couplée à une subvention de 50 milliards de dollars accordée aux Etats qui se lancent dans des chantiers d’amélioration de leurs infrastructures, projets créateurs d’emplois. Cette politique rentre dans le cadre des présidents démocrates depuis Kennedy, en permettant selon leurs auteurs l’assainissement du marché du travail, la croissance du revenu tout en stimulant les productions industrielles et économiques. Qu’en est-il de la politique énergétique ?

2.- La stratégie énergétique
L’objectif stratégique est de mettre fin à la dépendance énergétique en pétrole des Etats-Unis vis-à-vis du Moyen Orient d’ici à 10 ans, tout au plus d’ici 20 ans d’au moins 40% et de réduire l’influence de l’OPEP dont le groupe texan (parti républicain ) trouve son comptem, donc est un allié stratégique. Le programme prévoit d’investir 150 milliards de dollars pour développer les énergies éoliennes, solaires et les biocarburants. Avec un autre but, créer 5 millions d’emplois. Reprenant une idée mise en œuvre en 2000 par Bill Clinton, mettre sur le marché 10% des réserves stratégiques de pétrole pour faire baisser les prix de l’essence. Et à propos de pétrole, le candidat démocrate veut encourager la prospection dans les terres fédérales et en offshore. Dans le cadre des économies d’énergie notamment en plus de nouvelles normes techniques pour le chauffage et le transport (objectif 40% d’économies d’énergie horizon 2020, idem d’ailleurs pour l’Union européenne), les compagnies se verront contraintes à injecter leur CO2 pour accroître la production d’hydrocarbures. Partisan des accords de Kyoto (les pétroliers devront réduire de 1% par an le taux de carbone de leurs carburants) le programme prévoit l’instauration d’un marché de quotas d’émissions de CO2 où les quotas seront vendus aux enchères, les 15 milliards que rapporterait chaque année cette opération, servant à financer le développement des ENR, du charbon et des carburants «propres» dont rappelons les USA détiennent les premières réserves du monde en charbon (durée de vie au niveau mondial entre 150/200 ans contre 30/40 ans pour le pétrole-gaz), le double des réserves en termes d’efficacités énergétiques des réserves d’ Arabie Saoudite.
Ce programme peut se résumer ainsi : un crédit d'impôts de 7 000 dollars à chaque automobiliste qui achètera un véhicule hybride électrique rechargeable ; 1 million de véhicules hybrides/électriques rechargeables sur les routes aux Etats-Unis d'ici 2015 (ceci étant lié au programme des financements dédiés à la recherche et au développement pour la fabrication de batteries...) ; développer les stations-essences permettant ainsi de transformer l’éthanol en hydrogène ; augmenter de 4% les normes d'économie de carburant par an : depuis 20 ans, les normes américaines sont fixées à 27,5 miles par gallon (8,6 litres d'essence pour 100 km), alors que les voitures japonaises ont une moyenne de 45 miles par gallon (5,2 litres au 100 km) et enfin produire 10% de l'électricité à partir de sources renouvelables d'ici 2012 et 20% horizon 2020 s’alignant sur les normes européennes.. A titre de rappel, si ces objectifs sont atteints, la demande de pétrole USA plus Europe devrait diminuer à l’horizon 2020 plus de 40%.

3.- Quelle politique des Affaires étrangères ?
Partant du constat que les Etats-Unis sont devenus mal aimés dans le monde et perçus comme un Etat arrogant (Obama affirmant qu’il est prêt à parler avec les chefs d’Etats de toutes les nations, amis ou ennemis). Mais il faut être réaliste, sans perturber les grands axes, car il ne faut pas s’attendre à de grands bouleversements du moins à court terme. Cependant, il y a aura coup sur un assouplissement de la politique étrangère des Etats-Unis d’Amérique si Barak Obama venait à être élu. Nous aurons une autre vision du monde basé sur plus de dialogue, moins d’unilatéralisme au sein d’un univers multipolaire tenant compte de l’émergence de nouveaux rapports de forces, dont les pays émergents. Concernant plusieurs dossiers, je ne citerai que les questions nucléaires iranienne, nord-coréenne, des menaces terroristes et du conflit israélo-palestinien parmi les priorités diplomatiques-clés. Le programme dans ce domaine mentionne l’abandon de la prolifération nucléaire, la lutte contre le terrorisme et la création d’un Etat palestinien, avec à ses côtés un Etat israélien sécurisé et en paix. Reprenant les idées du G8, il propose de réduire la pauvreté dans le monde notamment en Afrique d’ici 2015 et de doubler d’ici là l’aide aux plus pauvres. En bref c’est la reprise des objectifs du G8. Concernant précisément l’Iran, pour Obama, on ne peut pas encore parler d’option militaire face à l’Iran, s’étant opposé à l’amendement Kyl-Lieberman ; qui proposait d’utiliser la présence américaine en Irak pour lutter contre l’Iran, pays qui contrôle le détroit d’Ormuz ou transitent actuellement plus de 60% du pétrole du Moyen Orient, sans compter son influence sur les ex-républiques chites de l’ancien bloc soviétique à fortes potentialités énergétiques sans risquer des dépenses militaires colossales qui creuserait davantage le déficit public et un cours du baril à plus de 220 dollars. Obama préconise même un plan de soutien économique pour les investissements (concrètement la levée de l’embargo de 1995), si l’Iran abandonne son programme nucléaire et son soutien au terrorisme. Sinon à défaut, Obama préconise une gradation des sanctions économiques et un isolement diplomatique. Ainsi, Obama ne ferme pas la porte aux négociations et pense que la guerre doit être une ultime solution. Concernant Israël, pour le démocrate, le partenariat avec Israël doit être fort et durable, l’objectif étant de tendre vers la sécurité d’Israël en maintenant et accroître le soutien des Etats-Unis, à la fois sur le plan militaire et économique. Pour l’Afrique, d’origine afro-américaine. Barack Obama veut stopper le génocide au Darfour en rappelant son entente avec les sénateurs Brownback et Reid, qui ont élaboré des projets de loi pour apporter un financement pour l’Union africaine de maintien de la paix et pour responsabiliser les autorités soudanaises. Il préconise de mettre fin à ce conflit par la prise de sanctions à l’encontre du Soudan. Par exemple, en intervenant sur les recettes pétrolières de ce pays. Il envisage aussi de faire déployer une force ONU de maintien de la paix, sur l’exemple congolais.
En résumé, l’élection de Barak Obama, si elle devait avoir lieu, comme ce fut le cas de Rossevelt après la crise de 1929 augure d’un changement dans la politique socio-économique des Etats-Unis d’Amérique mais tenant compte de la transformation du monde car la crise d’octobre 2008 ne se tient pas dans le même cadre environnemental mondial que celle de la crise d’octobre 1929, bien qu’existent bon nombre de similitudes économiques (1). Cela aura une influence également sur la politique énergétique future ainsi que sur la nouvelle politique étrangère des Etats-Unis d’Amérique qui doivent compter avec de nouveaux pays émergents qui ont été d’ailleurs conviés à l’importante rencontre internationale du G20 qui se tiendra aux USA le 15 novembre 2008 en présence du nouveau président élu, pour décider de l’avenir du monde face à l’actuelle crise économique et dont l’Algérie malheureusement n’a pas été invitée. Il faut être réaliste, et éviter de s’enfermer dans le chauvinisme, cela ne pouvait arriver car nous sommes loin encore d’être un pays émergent mais une économie essentiellement rentière (98% d’exportation d’hydrocarbures à l’état brut ou semi brut) et même dans ce domaine marginal car ne pesant dans le panier OPEP que 4% de la production actuelle.
(1) Interview du docteur Abderrahmpane Mebtoul 28 octobre 2008 à la radio algérienne chaîne III ; similitudes et différences entre la crise d’octobre 1929 et celle d’octobre 2008.


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